The Adventures of Elliot : The Millennium Tales

Les amateurs de HD-2D et de combats au tour par tour sont aux anges depuis quelque temps. Il faut dire qu'entre les sorties rapprochées de Dragon Quest I & II HD-2D Remake et d'Octopath Traveler 0, l'actualité est particulièrement riche, tant en termes de quantité que de qualité. Aujourd'hui, nous vous proposons le test de The Adventures of Elliot: The Millennium Tales. Développé par la célèbre Team Asano, le studio est non seulement à l'origine de ce style graphique si unique, mais aussi des pépites Octopath Traveler et Triangle Strategy. Pour ce nouveau titre, l'équipe tente une approche différente en délaissant le RPG traditionnel pour s'aventurer dans les eaux complexes du jeu d'action-aventure, tout en conservant sa signature visuelle et quelques touches de jeu de rôle. Défi relevé avec succès ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir.

Graphismes : 9/10

La maîtrise de la HD-2D par la Team Asano n'a plus rien à prouver lorsqu'il s'agit de RPG traditionnels. Ici, l'exercice est un peu différent : action oblige, la caméra doit évoluer plus rapidement et offrir une meilleure visibilité au joueur. La direction artistique est une réussite incontestable et chaque lieu jouit d'une identité visuelle forte. On apprécie particulièrement les moments où le jeu déplace intelligemment la caméra pour mettre en valeur des arrière-plans de toute beauté. Le titre invite au voyage et distille un véritable parfum d'aventure dès la première heure, nous promenant entre littoraux, forêts luxuriantes, une charmante petite ville et un premier donjon qui pose immédiatement l'ambiance. Le jeu intègre également une mécanique de voyage dans le temps qui permet de renouveler les décors, modifiant une même cité au fil des époques pour notre plus grand plaisir. Malheureusement, si certains lieux évoluent, d'autres restent un peu trop similaires à notre goût, à l'image des grottes et des donjons. Il aurait été judicieux de transformer plus radicalement l'environnement d'une temporalité à l'autre pour un jeu basé sur ce concept. De même, si le bestiaire est assez varié au sein d'une même zone, on aurait espéré davantage de changements entre les époques.

Les artworks de Naoki Ikushima sont de la bombe pour les yeux !

Heureusement, chaque boss est l'occasion pour l'équipe de Tomoya Asano de prouver qu'elle abrite de sacrés pixel-artists. Ces affrontements s'avèrent impressionnants et les adversaires profitent d'une superbe prestance à l'écran. En revanche, nous avons noté quelques baisses de framerate inattendues, un défaut rare chez ce développeur. Le changement de genre semble avoir immanquablement apporté son lot de défis techniques pour adapter la technologie HD-2D à de l'action en temps réel. Rien de dramatique, mais le problème mérite d'être souligné. De plus, l'effet de transparence appliqué aux éléments du décor qui obstruent la vue s'avère assez disgracieux par rapport à ce qui se fait ailleurs. Enfin, les plus pointilleux pesteront contre des temps de chargement un peu longuets, alors que les zones ne sont pas les plus vastes du paysage vidéoludique. Impossible, en revanche, de passer sous silence le chara-design de Naoki Ikushima, qui livre un travail remarquable. La profusion d'artworks affichés durant les dialogues apporte un cachet fou et donne véritablement vie aux protagonistes.

Ils ont des artistes assez fou chez Square-Enix

Violence : 2/10

Nous sommes face à un jeu d'action-aventure où le héros utilise diverses armes contre des monstres. L'absence de sang et le style en 2D atténuent grandement la violence globale. Bien que le PEGI recommande le jeu pour les 12 ans et plus, le titre reste tout à fait accessible à un public légèrement plus jeune accompagné d'un adulte.

Jouabilité : 9/10

La Team Asano est réputée pour être à l'écoute de sa communauté. Comme à son habitude, le studio a partagé une démo bien en amont de la sortie afin de recueillir les retours des joueurs via un questionnaire. Les principaux défauts pointés par le public ont ainsi été gommés, et c'est un pur plaisir que de prendre le jeu en main. The Adventures of Elliot: The Millennium Tales s'apparente à un Zelda en 2D, mais avec le dynamisme et le punch d'un Action-RPG à la Ys lors des combats. Les inspirations ne s'arrêtent pas là, puisqu'il est difficile de ne pas penser à Seiken Densetsu (la série des Mana), une licence historique de l'éditeur Square Enix. Pour mener à bien sa quête, Elliot dispose d'une belle panoplie d'armes, et l'on passe avec un plaisir renouvelé de l'épée à l'arc, en passant par le boomerang ou le marteau. Il est indispensable de s'adapter aux forces et faiblesses des ennemis en changeant d'équipement à la volée. Les joueurs les plus ingénieux pourront même combiner deux armes simultanément pour créer des ouvertures : lancer le boomerang pour paralyser un monstre, lui asséner un coup d'épée, puis profiter des dégâts du boomerang lors de son retour. Des objets secondaires, comme des bombes, viennent enrichir les possibilités. Notons l'absence d'une esquive avec frames d'invincibilité, ce qui rend le positionnement crucial et le titre plus exigeant. Il faut ici composer avec un bouclier doté d'une jauge de résistance, ce qui apporte une dimension stratégique bienvenue. D'autant que le placement des ennemis est particulièrement vicieux et intelligent, combinant des archétypes de monstres complémentaires.

L’arc une solution toujours aussi efficace !

Les combats ne font pas tout : il faut régulièrement faire travailler ses méninges et utiliser les outils d'Elliot pour résoudre les énigmes des donjons. Par exemple, au début de l'aventure, un couloir piégé décoche des flèches en masse ; il suffit alors de lever son bouclier pour progresser et se cacher quand on trouve un mur pour pouvoir récupérer sa jauge de bouclier. Plus l'on avance, plus ces le tout gagne en intérêt, sans jamais pour autant devenir frustrants. L'exploration est quant à elle constamment récompensée. Au détour d'un chemin dérobé, on découvre une extension d'inventaire, un coffre mystérieux ou un défi optionnel plus corsé. En somme, le jeu pousse constamment à la curiosité grâce à des embranchements multiples qui donnent tout son sens au mot "aventure". Sortir des sentiers battus permet également de dénicher des composants pour améliorer ses armes de façon significative. Modifier par exemple son boomerang pour qu'il détruise les projectiles ennemis est un bonus si précieux qu'on explore volontiers chaque recoin pour obtenir un tel bonus. Cette mécanique témoigne d'un level design et d'un game design particulièrement solides, portés par un véritable savoir-faire.

Le feu ça brûle.

Petite particularité de ce titre : Elliot peut sauter, ce qui donne lieu à des séquences de plateforme fort sympathiques qui cassent un peu la monotonie. Enfin, le compagnon de route d'Elliot dispose de cinq compétences uniques et originales pour le genre. Ce partenaire d'infortune peut attirer les objets à distance, allumer des feux ou même se transformer en double parfait du héros. Comme ce compagnon peut voler avant sa transformation, il peut atteindre des zones inaccessibles pour Elliot et s'y matérialiser. Cette excellente idée a permis aux développeurs de renouveler les situations de jeu et d'offrir une vraie profondeur à l'expérience. On est pas encore au niveau de ce que peut faire un Nintendo avec un The Legend of Zelda : Link Between Worlds car ici les développeurs ne poussent jamais vraiment ses mécanismes à fond, mais les idées ont quand même le mérite d'exister. Un grand bravo au passage pour l'ergonomie des menus et des mini-cartes, d'une efficacité redoutable.


Bande-son : 8/10


Tomohiro Nakamachi et Yuto Moritani signent la bande originale de cette aventure. Les musiques ne sont pas mauvaises, loin de là, et l'on profite de très jolis thèmes tout au long du périple. On peut toutefois regretter que la partition d'un projet aussi prometteur ait été confiée à deux jeunes compositeurs manquant encore un peu de bouteille. Il aurait sans doute été plus judicieux de leur adjoindre un grand nom de l'industrie pour porter l'ensemble vers des sommets de l'épique. Pourquoi ne pas avoir sollicité Yasunori Nishiki, l'illustre compositeur d'Octopath Traveler, pour superviser le projet et signer les morceaux clés ? Les bruitages sont en revanche d'excellente facture, et les doublages (anglais comme japonais) s'avèrent de très haute qualité.

Les effets lumineux en jettent.

Durée de vie : 8/10

The Adventures of Elliot: The Millennium Tales propose une épopée généreuse. Comptez un peu plus d'une vingtaine d'heures pour boucler l'histoire en ligne droite, et près de quarante heures pour les complétistes. Nous avons beaucoup apprécié le rythme général, qui ne souffre d'aucun temps mort grâce à un excellent équilibre entre combat, énigmes et exploration. En revanche, la structure globale liée aux voyages temporels déçoit légèrement : les changements d'une époque à l'autre sur la carte principale restent trop discrets, nous laissant un peu sur notre faim lors des phases d'exploration. On vous conseille de terminer le jeu de fond en comble car c'est selon nous la meilleure façon de profiter de tout ce que cette œuvre peut vous proposer, mais on veut éviter de vous en dire trop.

Éliminons la mauvaise herbe

Scénario : 9/10

Le titre surprend agréablement en mettant en scène un protagoniste qui n'est pas muet. Elliot possède un véritable passif et une palette d'émotions qui facilitent immédiatement l'empathie. On comprend très vite les fêlures qui le poussent à risquer sa vie au quotidien. L'intrigue se montre ainsi bien plus accrocheuse que les standards du genre. Certes, l'écriture n'atteint pas la complexité d'un Octopath Traveler 0 ou des grands crus de la saga Final Fantasy, mais une vraie étincelle se dégage du récit. Mention spéciale aux quêtes annexes, qui ne sont jamais futiles et enrichissent constamment le lore et le développement des personnages secondaires.

Il y a une grotte pas loin, allons-y !

Note globale : 8.5/10

En conclusion, The Adventures of Elliot: The Millennium Tales est le vibrant hommage à l'action-aventure qu'on espérait et il rappelle la bonne époque des jeux du genre sur Super Nintendo et Playstation, le confort moderne en plus. Varié, généreux et doté d'un sens du rythme presque impeccable, le titre enchaîne les moments de bravoure face à des boss mémorables. Le sentiment de progression au sein du monde mystérieux de Philabieldia est gratifiant, porté par des donjons ingénieux et un héros particulièrement attachant. Pour couronner le tout, le jeu est visuellement splendide grâce à une technologie HD-2D qui continue de nous faire rêver. Que demander de plus, si ce n'est une gestion du voyage dans le temps plus ambitieuse pour une éventuelle suite, ou bien des zones qui se renouvellent plus ? Une excellente surprise et un indispensable pour les amoureux d'aventures à l'ancienne.

Les +


La HD-2D, toujours aussi somptueuse.

Le travail artistique fantastique de Naoki Ikushima sur les artworks.

Un bon jeu d'action-aventure comme on en fait trop peu.

Une prise en main immédiate et agréable.

Une intrigue plus touchante et prenante que prévu.

Des situations de jeu variées et un excellent level design.

Le système d'amélioration des armes gratifiant.

Des boss impressionnants et des donjons malins.

Une véritable invitation au voyage.

Grosse sensation d’aventure.



Les –

La mécanique de voyage dans le temps sous-exploitée.

Quelques chutes de framerate surprenantes.

Des effets de transparence parfois disgracieux.

Des temps de chargement un peu longs.

Les donjons pourraient être un peu plus jolis.

La part aléatoire dans l’amélioration des armes pourraient avantager plus un joueur qu’un autre.

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