Avenir du jeu vidéo : Pourquoi le format physique reste notre seul vrai droit de propriété
Le grand mythe du disque vide : Pourquoi le format physique est plus vivant et crucial que Jamais
C'est l'une des contre-vérités les plus tenaces de la communauté gaming : « Les jeux physiques ne sont plus que des bouts de plastique contenant une clé d'activation numérique. Sans internet, votre disque ne sert à rien. » Propagée par des débats mal informés sur les réseaux sociaux, cette idée reçue pousse de nombreux joueurs à abandonner les rayons des magasins pour le confort (illusoire) des boutiques virtuelles. Pourtant, les faits et les données concrètes racontent une tout autre histoire que celle que l'on veut nous faire croire. Non seulement la grande majorité des jeux physiques contiennent l'intégralité des données sur leur support, mais ils s'imposent comme le dernier rempart de notre droit de propriété sur ces œuvres que l'on aime tant.
Cette boîte est une oeuvre d’art.
Voici notre analyse complète, chiffres et preuves techniques à l'appui, pour rétablir la vérité sur l'état réel du jeu physique.
Les chiffres indiscutables de la préservation : Par "Does It Play ?"
Pour dépasser les impressions et obtenir une vision disons plus scientifique de la situation, il existe une une petite figure qui fait preuve d'autorité dans notre milieu favori : Does It Play ?. Cette organisation à but non lucratif teste méthodiquement les sorties physiques sur consoles (PlayStation, Nintendo, Xbox) en les installant sur des machines strictement déconnectées du réseau. L'objectif ? Vérifier si le jeu peut être terminé en version 1.00 sans télécharger le moindre mégaoctet de données.
Un jeu légendaire jouable pour presque toujours si bien conservé.
Les résultats de leur base de données mondiale détruisent catégoriquement le mythe du support physique obsolète :
66 % des jeux testés (PS5/Switch) fonctionnent à la perfection dès l'insertion du support. Ils ne souffrent d'aucun bug majeur empêchant la progression.
16 % supplémentaires sont entièrement terminables du début à la fin. Ils contiennent quelques bugs mineurs corrigés par le patch de sortie, mais la mise à jour reste strictement facultative.
82 % des jeux physiques du marché sont donc autonomes, fonctionnels et préservés sur leur support d'origine.
La réalité statistique est indiscutable : seuls 13 % à 18 % des jeux nécessitent obligatoirement un téléchargement réseau pour être lancés (souvent en raison de composants multijoueurs, ou bien d'un manque flagrant de finition et de respect du consomateur). Dans plus de 8 cas sur 10, le disque se suffit à lui-même !
Une boîte superbe pour The Adventures Of Elliot : The Millenium Tales.
Ce que disent les chiffres avec un peu plus de précision :
Au-delà des idées reçues, les tests de Does It Play? sur des milliers de titres nous offrent une vision claire et rassurante de la santé du format physique.
Si l'on zoome sur la PlayStation 5, les chiffres sont probants : 93 % des titres testés fonctionnent à la perfection dès l'insertion du disque. 66% de ce poucentage n'a besoin d'aucun téléchargement pour être parfaitement jouable du début à la fin. Si l'on ajoute les 16 % de jeux entièrement terminables malgré quelques bugs mineurs, nous atteignons un total impressionnant de 82 % de jeux physiques parfaitement autonomes et préservés sur leur support. Le site Does It Play a déjà testé 775 versions physiques de jeux PS5.
Quant à la PlayStation 4, bien qu'elle soit une console de génération précédente, elle affiche un score extrêmement robuste avec 94 % de jeux fonctionnels hors-ligne. C'est impressionnant quand on connaît la ludothèque gargantuesque de la machine et que 1214 jeux ont été testés. 73% ne nécessitent aucun téléchargement pour être jouables du début à la fin. Si on ajoute à cela 15% de jeux qui proposent des mises-à-jours qui améliorent l'expérience de jeu sans pour autant être obligatoire pour terminer un jeu cela fait monter le pourcentage à 88.
Ces chiffres ne sont pas des estimations théoriques, mais le résultat de tests réels sur des machines déconnectées. Ils démontrent que, loin d'être un support mort ou une simple clé de téléchargement, le format physique reste la norme pour la très grande majorité du catalogue console.
La Nintendo Switch fait figure de championne incontestée en la matière. Sur les quelques 771 jeux passés au crible, environ 98 % sans le moindre besoin de connexion. Dès l'insertion de la cartouche, sans même avoir besoin de recourir aux mises à jour facultatives, ce sont 80% des jeux qui sont concernés. Si l'on ajoute à cela 11% de jeux qui proposent une mise-à-jour pas forcément obligatoire on monter à 91% de jeux préservés.
La Nintendo Switch 2 s'inscrit dans la digne lignée de sa grande sœur. Bien que sa ludothèque physique soit encore jeune, Does It Play? a déjà passé au crible 42 jeux sur ce support récent. Sur les 42 titres déjà passés au crible par Does It Play?, la console affiche un score parfait de 100 % de jeux fonctionnels en hors-ligne. Dans le détail, 74 % des titres testés ne requièrent absolument aucun téléchargement dès l'insertion de la cartouche. Si l'on y ajoute les 19 % de jeux dont le téléchargement reste strictement facultatif (correctifs mineurs), nous atteignons un total exceptionnel de 93 % de jeux physiques totalement autonomes et préservés. Seuls 7 % des titres de cette nouvelle génération imposent un téléchargement internet pour être pleinement appréciés. Une performance assez remarquable.
Attention tout de même le chiffre est a nuancer pour la Switch 2 car pour le moment beaucoup de jeux d'éditeurs tiers ne sont pas testés car ils n'existent que en format Game-Key Card, qui ne contiennent malheureusement pas les jeux comme c'est par exemple le cas avec Pokémon Pokopia. Notons tout de même que tous les autres jeux développés par Nintendo sont dans une cartouche normale et pas une Game-Key Card.
On reconnait un jeu au format Game-Key-Card avec le logo de la petite clef en bas de la boîte. Ces versions de jeu ne contiennent pas le jeu sur la cartouche, mais une simple clef d’accès au store en ligne qui vour fournis le jeu. Si les serveurs de Nintendo sont hors service, impossible de télécharger le jeu à nouveau. Ces versions sont peu désirables, mais un chouilla mieux qu’un jeu 100% dématérialisé.
Le quiproquo technique : Confondre "Copier" et "Télécharger"
Si le grand public s'est laissé convaincre par la mort du physique, c'est à cause d'une confusion technique majeure apparue lors de la génération PS4 et Xbox One, et qui perdure aujourd'hui.
Depuis plus de dix ans, la vitesse de lecture des lecteurs Blu-ray (et des cartes SD dans une moindre mesure) est devenue insuffisante pour alimenter directement la mémoire vive des consoles face aux exigences des mondes ouverts et des textures en ultra-haute définition. Malheureusement personne ne semble vouloir faire exister une technologie de lecture optique plus rapide pour arrêter ce problème de vitesse de lecture.
Ce qu'il se passe réellement quand vous insérez un disque :
La console extrait les données du Blu-ray pour les copier localement sur le SSD ultra-rapide de la machine.
Une jauge de progression de 40, 60 ou 80 Go ou plus s'affiche sur votre l'écran.
L'interface de la console utilise un design identique à celui d'un téléchargement internet.
C'est ici qu'est né le malentendu. Le joueur voit une jauge de 50 Go s'emballer et se dit instinctivement : « La console est en train de télécharger le jeu sur internet, le disque est vide. »
C'est faux !
Si vous débranchez totalement le câble Ethernet et coupez le Wi-Fi de la console, la jauge avancera exactement à la même vitesse. Il s'agit d'une simple copie locale de données réelles stockées sur le disque. Le Blu-ray sert ensuite de clé de sécurité physique pour lancer l'application, mais le jeu est toujours à vous sur le Blu-ray ! Bien entendu certains jeux ne sont pas entièrement sur le format physique, mais comme démontré plus haut, le pourcentage n'est au final pas bien élevé.
Peut-être le dernier Final Fantasy qu’on aura en physique avec Final Fantasy VII : Revelation si Sony ne fait pas marche arrière. Quelle tristesse.
Le tableau d'honneur de l'industrie : Bons et Mauvais élèves
Tous les éditeurs ne partagent pas le même respect pour leurs consommateurs et pour l'archivage du patrimoine des gamers. Une ligne de fracture culturelle très nette sépare d'ailleurs les studios occidentaux, de plus en plus dépendants des infrastructures en ligne et de l'autre côté les éditeurs japonais qui sanctuarisent le support physique, même s'il y a des exceptions.
Les Bons Élèves : La rigueur façon japon
Les entreprises japonaises semblent encore considérer le disque, ou la cartouche comme un produit culturel noble qui doit se suffire à lui-même.
Square-Enix : L'éditeur fait figure de modèle. Pour Final Fantasy VII Rebirth, un jeu colossal de près de 150 Go, Square-Enix n'a pas hésité à presser l'expérience sur deux disques PS5 distincts (un disque d'installation et un disque de jeu) afin de garantir que les joueurs hors-ligne profitent de l'aventure complète en version 1.00.
Nintendo : Malgré les limitations techniques des cartouches, Nintendo optimise ses jeux de manière drastique. Des chefs-d'œuvre comme The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom tiennent intégralement sur une cartouche et tournent de manière remarquable sans aucun patch.
Capcom & FromSoftware : Que ce soit pour Resident Evil ou Elden Ring, les versions gravées sur le disque physique témoignent d'un certain sérieux. Les jeux sont stables et complets au jour un.
Et dire qu’on veut nous priver de ses oeuvres d’art.
On regrette tout de même que la plupart des éditeurs tiers pour le moment comme Capcom et Square-Enix misent un peu trop sur le format Game-Key Card de Nintendo sur le console de ce constructeur et que dans ce format rien ne soit sur la cartouche. On tient à féliciter les éditeurs qui jouent le jeu et font de bons efforts pour maintenir les jeux dans un vrais format physique sur la nouvelle console de Nintendo, comme CD Project avec Cyberpunk 2077, SEGA avec Sonic Racing Crossworlds, Bethesda Softworks avec Indiana Jones And The Great Circle, Playtonic Games avec Yooka-RePlaylee, ou bien encore Marvelous avec Rune Factory: Guardians of Azuma.
Pour le moment une des plus belles boites de la Nintendo Switch 2
Les Mauvais Élèves : L'ère du "Live Service" et de la paresse
À l'extrême inverse, certains géants occidentaux ont abandonné toute velléité de préservation, utilisant le boîtier physique comme un simple outil marketing pour occuper l'espace dans les rayons des magasins.
Activision-Blizzard : L'exemple le plus tristement célèbre reste Call of Duty: Modern Warfare II. Lors de sa sortie, les acheteurs de la version physique ont eu la mauvaise surprise de découvrir que le disque ne contenait que 70 Mo de données, soit uniquement le lanceur. Les bien plus de 100 Go restants devaient obligatoirement être téléchargés via internet.
Ubisoft : L'éditeur français a systématisé une pratique frustrante sur ses productions majeures (Star Wars Outlaws, Avatar: Frontiers of Pandora). Le disque contient une grande partie des données, mais une connexion internet est obligatoire lors de la toute première installation pour "valider" et finaliser l'accès au jeu, rendant le support physique inutile en cas de coupure réseau ou de fermeture future des serveurs d'authentification.
Electronic Arts : Notamment sur ses jeux de sport ou certaines compilations, EA utilise fréquemment des mentions « Téléchargement requis » sur la jaquette pour économiser le coût de pressage de disques double-couche ou de cartouches à plus haute capacité. On peut aussi citer les versions de dernière génération de Star Wars : Jedi Survivor, ce qui est d'autant plus dommage quand on connaît la qualité du jeu en question et qu'il mériterait une véritable version physique.
Les enjeux cruciaux du maintien du format physique
Défendre le support physique n'est pas un caprice de collectionneur nostalgique ou de technophobe. C'est une nécessité économique, démocratique et culturelle.
POURQUOI GARDER LE FORMAT PHYSIQUE EN VIE ?
Le droit de propriété vs le droit de location : Lorsque vous achetez un jeu sur le PlayStation Store, sur le Nintendo eShop ou sur Xbox, vous n'achetez pas un jeu : vous achetez une licence d'utilisation temporaire !!! Les conditions générales d'utilisation (CGU) stipulent explicitement que l'éditeur peut révoquer cet accès à tout moment. Posséder le disque, c'est posséder un bien meuble, protégé par le droit de la propriété privée. Vous pouvez le prêter à un ami, l'offrir, ou le revendre sur le marché de l'occasion. On a déjà vu de telles choses se produire comme récemment Sony qui a supprimé plus d’une centaine de films achetés par le public à la fin d’un contrat. Oui, les gens ont achetés un film et ne peuvent plus le regarder !
La mort programmée des boutiques numériques : L'histoire récente nous le montre : les serveurs ferment les uns après les autres. Les fermetures des boutiques eShop de la 3DS et de la Wii U, ou du store de la Xbox 360, ont rendu des centaines de jeux purement numériques totalement indisponibles à l'achat légal. Le jour où les serveurs de la génération actuelle s'éteindront, seuls les possesseurs de disques pourront continuer à faire vivre ce patrimoine. Notez que Playsation vient d'annoncer la fermeture des stores de la Playsation 3 et Playstation Vita pour juillet 2027 chez nous.
La fracture numérique territoriale : L'industrie du jeu vidéo vit dans la bulle des grandes métropoles hyper-connectées. Pourtant, des millions de joueurs à travers le monde et dans les zones rurales ne disposent pas de connexions à très haut débit. Devoir télécharger un jeu de 120 Go pour lancer un jeu acheté plein tarif équivaut, pour eux, à plusieurs jours de téléchargement. Le physique reste le seul vecteur d'inclusivité pour ces populations.
Garder la concurrence en vie : Le marché physique tend a réguler un minimum les prix des versions numériques des jeux. Les grandes surfaces et magasins spécialisés, n’hésitent pas à brandir des soldes dans les moments propices et forcent les différents stores à un minimum s’aligner sur les prix. Cette concurrence est saine pour l’industrie. Le monopole d’un store permettra aux constructeurs de se laisser un peu plus aller dans la montée des prix.
Une technologie pas prête de manière générale malgré ce que l’on dit : On nous vent le dématérialisé comme une expérience géniale, mais il faut garder en tête que la plupart des consoles sont livrées avec un disque dur SSD aux capacités limitées. Ce n'est d'ailleurs pas prêt de s'arranger de suite vu l'augmentation du prix des composants. Organiser son espace mémoire et télécharger à nouveau un jeu d'une centaine des gigas peut vite devenir une plaie. Vous voulez amener votre console dans un endroit avec peu de connexion ? Cela peut devenir compliqué. Vous êtes du genre à vouloir faire des petites sessions de pleins de jeu ? Bonjour la complication.
La culture gaming mérite d’être sauvegardée : Une boîte renferme une version d’un jeu qui pourrait disparaître à jamais dans les mains d’un store. Une version physique permet de jouer au jeu et souvent les boîtes sont magnifiques. Avoir sa ludothèque c’est aussi se remémorer un bon nombre de souvenirs.
Moins de visibilité pour certains éditeurs tiers : Certains éditeurs tiers ont besoin d’être parfaitement visibles dans les rayons et ces derniers ne voudront peut être pas s’aventurer à fabriquer une boîte vide avec un code dans la boîte juste pour être vu en magasin. Une bonne partie du public de jeux de niche aiment collectionner des jeux physique.
Oui, mais sur PC tout est dématérialisé, c’est quoi le problème ?
Le marché du PC est différent car il s’agit d’un marché ouvert ou une certaine concurrence existe et a pleinement le droit d’exister. Il y a plusieurs plateformes qui se font la guerre pour retenir les utilisateurs et en cas de problème les utilisateurs du PC savent comment contourner un truc louche si un éditeur peu scrupuleux venait à faire un coup dans le dos à la communauté. C’est d’ailleurs pour cela que les modes en lignes sur PC sont totalement gratuits et qu’ils sont payants sur consoles. Il ne faut pas oublier que le store d’un constructeur est un environnement fermé et enlever le physique donne encore un peu plus de pouvoir au constructeur de la machine, ce qui n’est pas sain du tout. On a des preuves de cela avec l’augmentation constante des abonnements en ligne comme le PS+.
Toujours jouable aujourd’hui malgré son grand âge !
En conclusion : Reprenons les manettes en main !
Le format physique n'est pas encore mort, et il n'est certainement pas une coquille vide comme on essaie de nous le faire croire depuis bien longtemps. La mise en place maline de se sentiment de la part des constructeurs semble même avoir fait un bon bout de chemin tant on voit beaucoup de personnes penser qu'il n'y a plus rien sur nos disques et autres cartouches. Sony vient de faire une annonce fracassante en mentionnant vouloir arrêter la production de disques Blu-Ray en 2028, mais les joueurs semblent être totalement remontés à l'encontre du constructeur. Faites entendre votre voix ou il est possible de le faire et montrez que vous aimez les jeu vidéo dans son format physique si vous voulez avoir une chance de le préserver. Les données de Does It Play ? le prouvent à quiconque souhaite analyser la situation avec honnêteté : l'immense majorité des jeux sortent bel et bien complets et sont parfaitement autonomes sur le support physique. Continuer à acheter des jeux en boîte, privilégier les éditeurs qui respectent le consommateur en gravant l'intégralité des données sur le support, et refuser le diktat du tout-numérique n'est pas un combat d'arrière-garde. C'est un acte de résistance indispensable pour que le jeu vidéo demeure ce qu'il a toujours été : un art accessible, échangeable et presque éternel.
Sources pour l'aide à l'écriture de cet article : https://www.doesitplay.org/